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FARC, Colombie, Venezuela, enfin la vérité

Jean Pierre Lentin - 29.01.08

Les FARC, Ingrid Bétancourt, Hugo Chavez, des informations traitées par des médias orientés... Au final, qu'en est-il réellement des FARC?

Une fois n’est pas coutume, cet article n’est pas dû à nos fines équipes, c’est une citation brute. Nous avons reçu ce texte (écrit sur un coup de sang, au fil de la plume, dit-il) de notre ami Claude Santiago, auteur de formidables documentaires musicaux et grand amoureux de l’Amérique latine. Nous l’avons trouvé lumineux. Merci, Claude !

Voici des extraits choisis. Le texte complet a été posté dans le Forum, topic « les FARC, résistants ou terroristes ? »

Tout et n'importe quoi a été écrit, et notamment que la Colombie est un pays démocratique déstabilisé par une narco-guérilla, alors que le Venezuela serait déjà une dictature.

Qu'en est-il réellement ?

La Colombie est aujourd'hui encore le meilleur exemple d'une Amérique latine de la discrimination et des inégalités extrêmes, avec une classe politique ultra-réactionnaire entièrement dévouée aux intérêts d'une poignée de familles colombiennes et à ceux des grandes compagnies étrangères, notamment américaines. La violence a toujours été quotidienne pour des millions de paysans et de travailleurs vivant souvent dans des conditions de semi-esclavage, sous la menace permanente de milices patronales liées à l'armée et aux narco-trafiquants, et bénéficiant jusqu'à aujourd'hui d'une impunité presque totale. Il ne faut donc pas s'étonner si les insurrections populaires qui ont marqué toute l'histoire moderne de la Colombie ont aussi fait preuve d'une extrême violence.

En Colombie, au cours des dernières années, des milliers de personnes ont été enlevées par des délinquants ou par des milices d'extrême droite, alors que des milliers d'autres disparaissaient entre les mains de la police ou de l'armée colombiennes. Selon la Commission Européenne, le nombre des déplacés et réfugiés s'élevait en 2006 à 3,9 millions, soit presque deux fois plus qu'au Darfour.

Le drapeau des FARC
Le drapeau des FARC

Condamnant sans aucune nuance les FARC, la presse occidentale a totalement passé sous silence un épisode sanglant de l'histoire récente de la Colombie qui est pourtant une clé indispensable pour comprendre comment peut subsister dans ce pays une guérilla aussi puissante que paranoïaque.

Alors que la Colombie vit une quasi-guerre civile depuis des décennies, l'Etat et les FARC signent en 1984 un accord stipulant que l'Etat engagera certaines réformes politiques, sociales et économiques demandées par le mouvement d'extrême gauche. Les guérilleros s'engagent de leur côté à renoncer à la violence et aux enlèvements. Ils s'organisent légalement au sein de l'Union Patriotique (UP) qui, dès 1985, connaît de grands succès électoraux. Dans les années suivantes, l'UP est victime d'une campagne d'extermination qualifiée parfois de véritable génocide politique. Le 11 novembre 1988 par exemple, quarante militants de l'UP sont exécutés sur la place centrale de la commune de Segovia. On a parfois assisté à l'assassinat successif de quatre maires de l'UP dans une même localité. Assassinats individuels et collectifs font 3000 morts (oui, 3000 !) parmi les élus, les membres, et les sympathisants de l'UP. Jusqu'à aujourd'hui, la "justice" colombienne n'a rendu de sentences condamnatoires que dans quatre cas, alors qu'il est de notoriété publique que les escadrons de la mort ont été formés et protégés par l'armée et l'Etat "démocratique" colombien.

Sur 213 syndicalistes assassinés dans le monde en 2002, 184 étaient colombiens (selon l'International Confederation of Free Trade Unions) !

Des FARC en rang`
Des FARC en rang`

Sous prétexte de la lutte contre le trafic de cocaïne, la Colombie est aujourd'hui le troisième récipiendaire de l'aide US, après Israël et l'Egypte. Des centaines d'agents américains travaillent aux côtés de l'armée colombienne, 3 d'entre eux étant actuellement détenus par les FARC (otages ou prisonniers de guerre ?). La Colombie est devenue une plate-forme US pour la lutte anti-insurrectionnelle, et peut-être demain une base arrière pour attaquer le Venezuela.

(Quant au Venezuela) En février 1989, l'armée a tiré sur des émeutiers de la faim, à Caracas. Bilan : entre 300 et 3000 morts selon les sources. Et c'est contre ce régime honni que le colonel Hugo Chavez a tenté un coup d'Etat en 1992.

Hugo Chavez
Hugo Chavez

Depuis son élection, Hugo Chavez est victime d'une campagne de presse d'une rare violence, en Europe et ailleurs. Même s'il a depuis lors remporté haut la main 8 consultations électorales, dont l'honnêteté a été confirmée par tous les observateurs internationaux. Même s'il a accepté sa dernière défaite électorale sur un référendum qui portait certes sur la possibilité de se faire réélire sans limites (mais c'est aussi le cas dans de nombreux pays européens), mais qui proposait aussi des clauses totalement passées sous silence ici, comme l'accession à des droits sociaux pour des millions de vendeurs ambulants.

Rarissimes sont les intellectuels français qui dénoncent les conditions de vie infra-humaines de centaines de millions de latino-américains. Le milliardaire Bernard-Henri Lévy avoue qu'il na pas "la fibre sociale". Pour lui, Chavez mérite qu'on se mobilise contre lui, et les médias ne sont pas loin de le considérer comme le diable, et après tout, Hitler "lui aussi avait été élu."

Ce bon vieux BHL
Ce bon vieux BHL

Selon un récent rapport de la C.E.P.A.L. (Commission Economique Pour l'Amérique Latine du conseil économique et social des Nations Unies), la pauvreté a chuté de 31% au cours des 9 ans du gouvernement Chavez. Et certains se demandent encore pourquoi Chavez reste populaire…

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