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Mercredi dernier, 19 heures, coup de téléphone au bureau, mon patron me convoque.
"Ruddy, le Festival Européen du Film Court de Brest nous invite à couvrir le week-end d'ouverture, voici ton billet. Tu pars à Brest vendredi, ça te fera une bonne occas’ de découvrir la Bretagne et d'entendre comment Nova se porte là-bas."
L’histoire commence. Brest, cliché forcément, puisqu’en tant que méditerranéen je n'ai jamais foutu les pieds en Bretagne. Brest... donc Miossec, son port, son tonnerre, sa pluie, ses huîtres et euh...Miossec ?
Me voilà donc Vendredi 9 Novembre, Gare Montparnasse, dans le train de 9h du mat' qui passera minutieusement par Rennes, Lamballe, St Brieuc, Guingamp et Morlaix. Une ville qui se cache à 5 heures de TGV de Paris ne doit forcément pas être totalement mauvaise. Clairement, je vais en prendre un coup. Tant mieux.
Je ne vous cache pas qu'il ne se passe pas grand-chose dans ce voyage jusqu'à la 4ème heure et 32ème minute. D’un coup, le paysage se fait bouffer par l'Atlantique envahissant la vision des voyageurs épuisés. Les cinq dernières minutes sont tout simplement magnifiques. Difficile à décrire sinon une impression d'arriver véritablement en Bretagne tel qu’on me l'avait décrite (je m'en excuse auprès des villes précédentes...)
Gare de Brest - 16h36, oui j'ai oublié de vous dire entre temps, j'avais loupé mon premier train. Sortie de Gare, il fait gris mais il ne pleut pas comme dans les chansons de Miossec. La ville me fait face, l'Atlantique sauvage et le port la prolongent.

Brest at first sight...
Premier stop au charmant Abalys réservé par le Festival du Court métrage, un petit hôtel surplombant le port, on se croirait dans un film. J'ai l'impression d'être devenu subitement un marin, une autre personne seule m'accueille dans l'hôtel. Je comprends vaguement l'accent. Chambre 301 ça suffira. Merci pour la vue

Vue
Pas une minute à perdre pour découvrir une ville totalement inconnue. Premier point de chute et première belle découverte culturelle: LE QUARTZ lieu central du Festival de Court Métrage Européen de Brest.
Le Quartz est l'équivalent du Lieu Unique à Nantes ou de Mains d'Oeuvres à Saint Ouen. Une sorte de grand bulldozer arty trônant entre la Gare et l'Hôtel de Ville.
C'est donc le centre culturel à dimension nationale de la ville (L'activité artistique du Quartz est initiée par l'équipe de la Scène nationale de Brest). Il abrite plusieurs salles de théâtre, de répétition, de danse et évidemment d'expositions.
Coup d'oeil rapide sur la prog' de Novembre :
Romeo & Juliette de Prejlocaj, Elf, La Pompe à Fric de Nicolas Lambert, Porgy & Bess du New York Harlem.
Théâtre...ok, on se comprend.
Je retire donc mon accréditation auprès de Maria, adorable attachée de presse du festival, les hostilités ne commenceront que le jour suivant au Cinéma Mac Orlan.
Etape Suivante, l'Hôtel de Ville pour un rendez-vous avec le chargé de culture de la ville Mr Lorreyte. Discussion amicale, vision de la culture au sens large, anecdotes sur des connaissances communes. La discussion sera autrement plus chaleureuse et emportée quelques heures plus tard dans un des bars de la ville... A Brest, on parle (plus) quand c'est la Nuit!
20h30, Rendez vous dans le quartier St-Marc et plus précisément au Port de Commerce à la nouvelle salle de musique actuelle de la ville LA CARENE.
La Carène est une espèce de gigantesque blockhaus moderne posé en plein port. Ouverte depuis Mars dernier, le lieu est doté d'une splendide salle de concert pour 1200 personnes, d'un club pour 300 autres ainsi que de 6 studios de répétitions pour les groupes de la scène locale.

La Carène
Ce soir, c'est Yannick (programmateur) et Karine (chargée de com) qui, me reçoivent avec beaucoup de chaleur. Deux bises, une bière. Dans la salle de concert, 900 personnes sont en train d'applaudir et d'écouter bruyamment le chanteur Belge Arno en territoire conquis. S'en suit une visite dans ce formidable labyrinthe qu'est La Carène.
J'apprendrai lors de ce tour l'anecdote indissociable au lieu : le jour de l'ouverture de La Carène une bombe de 250 Kilos datant de la seconde guerre mondiale fut retrouvée à moins de 50 mètres de la salle. Étaient prévus ce soir de fête : Tony Allen, Abstract Keal Agram, Rubin Steiner, Shantel et bien d'autres. Rassurez vous, des bombes de 250 Kilos à Brest on en trouve un peu à tous les coins de rue. Il faut savoir que c’est l'une des villes de France les plus bombardées pendant la seconde guerre mondiale.
Revenons à notre Carène, le concert d'Arno se finit en beauté avec un "Les filles du Bord de Mer" qui prend toute sa dimension ici. Rappel.
Retour au bar où je ferais la connaissance de l'un des organisateurs du "Festival Du Bout du Monde" qui se déroule chaque année à la mi-Août sur La Presque Ile du Crozon, l'un des plus beaux lieux de France. La programmation incarne le nom du festival, totalement world, de qualité et même risquée parfois. Salif Keita, McAnuff, So Called, Max Roméo, Seun Kuti, Toumani Diabaté, Tinariwen...bref toute la sono mondiale sur une (presque) île. A ne pas louper !
Avec mes nouveaux compagnons Brestois, nous voici en route pour la virée du vendredi soir. Premier stop dans un bar typique Irlandais "The Dubliners" avec le patron carrément Anglais. Allez savoir. The Dubliners est un pub classique où la pinte est aussi bonne qu'en Angleterre, on y entend de la soul pendant que l’on boit. Le patron y organise des Quizz Musicaux poussant la rage entre anciennes et nouvelles générations. Et ça marche!

Dubliners
Nouvelle étape, direction le quartier St Martin, au MiniBar.
Le lieu est géré par l'association Just Minimum agitateurs locaux en soirées électro de qualité. Le lieu fait partie des bars branchés de la ville, déco 70's & intimiste, dj's de l'association ou de la ville aux platines. Ca joue fort, Ca danse bien, la musique est résolument électronique, le tout ambiancé par la très emblématique Cathy patronne de bar pas si mini que ça au final.
On reviendra bien plus tard dans la nuit mais là, ça restera confidentiel.
"Vite...Ruddy il est 00h30, faut passer au Comix !"
C'est ce que m'assène avec grand enthousiasme Karine qui, à ce stade de la nuit est très en forme. En bon Parisien, je lui rétorque un "mais ça va il est tôt, nous avons la nuit brestoise devant nous!"
Ben non. C'est une ville de Gauche ici Monsieur... Et depuis peu, le Maire très soucieux de la santé de ses jeunes, et des oreilles de sa population a contraint les bars du centre ville à une fermeture maximum à 01h du matin, vendredi compris. Ce qui nous donnera par la suite un charmant spectacle dans les rues de Brest... Je vous laisse imaginer.
00h50, Enfin le Comix ! 00h52, "Tout le Monde dehors" hurle avec ce qu'il lui reste de poumons Georges le patron du "Bar BD", vétéran des nuits brestoises, tient son bar depuis 20 ans.
On rentre malgré tout discrètement, je suis de toute manière invisible dans ce magnifique bordel ambiant qu'est le Comix. Juste quelques secondes pour avoir le temps de jeter un rapide coup d'oeil aux mythiques toilettes. Ici, la musique c'est rock n' roll vintage, garage, punk, surf, new wave, suivant l'humeur de Yohann, barman et sélector du lieu qui dispose d'une collection de vinyles à faire pâlir tout fan des 60's/70's. En plus, ses mojitos sont fameux. Ca C'est moi qui le dit !
8 Minutes plus tard, nous sommes dehors. Il fait de plus en plus chaud à Brest. Surtout en pleine nuit.
Nous cherchons un Brestois qui a encore son permis de conduire, ou à défaut quelqu'un qui n'aurait pas bu. Une fois la mission accomplie, nous redescendons vers le centre ville où je dois enfin voir cette salle dont j'ai tant entendu parlé L'Espace Vauban qui abritait ce soir un concert de Loforora.
Et là je vous assure, chers lecteurs, je prends certainement la plus forte dose d'émotion possible en rentrant dans ce lieux. Magique, intense, improbable. L'Espace Vauban est un lieu ou vous pouvez à la fois dîner, boire un crème comme ils disent, dormir (notamment la 304 celle attitrée de Miossec), voir un concert ou danser lors du petit bal du samedi soir. Tout à la fois.

Espace Vauban
Tous les plus grands groupes sont passés par le Vauban : Léo Ferré, Charles Trenet, Miossec, MC5, Archie Shepp, David Murray, The Saints, bref... Les murs de la petite salle de concert ne sont pas assez grands pour accueillir toutes les photos. Nous sommes reçus par Charles, patron à l'énergie débordante, qui nous sert un verre, mets la musique, nous parle du dernier Christophe, et prends soin de nous. Tout à la fois, comme son lieu.
Je resterai une bonne partie de la nuit à L'Espace Vauban profitant d'un lieu que je ne recroiserai pas de sitôt.
J'arriverai à retrouver mon hôtel de mon propre chef, me baladant notamment dans la fameuse Rue de Siam où je ne rencontrerai pas cette nuit-là la belle Barbara de Jacques Prévert.
Samedi, 14h, réveil forcément tardif. Il ne pleut toujours pas, il fait toujours aussi doux.
Il ne me reste que quelques heures pour me balader de jour dans la ville et assister à la projection des Courts Métrages de Delphine Gleize.
Retour donc via la rue de Siam, artère centrale de la ville et regroupant tous les commerces principaux. A la différence des quelques heures précédentes, Prévert ne me parle plus laissant la place à notre regretté gourou culturel, - même s'il m'aurait châtié pour ce terme -, Jean François Bizot. Je marche et l'entends me souffler aux oreilles "les disquaires, Ruddy, ne jamais partir d'une ville sans avoir visité les indés qui propagent le son dans une ville".
Sans trop de mal, je me fait rapidement indiquer non loin Dialogues Musique au 37 rue Louis Pasteur.
Dialogues est regroupé en deux parties : Dialogues Livres & Dialogues Musiques. N'allez pas imaginer un minuscule magasin poussiéreux...
On en est bien loin.
La façade du magasin reflète l'esprit du boss Yvon Jezequel. Tout sauf ostentatoire. Et pourtant des perles chez Yvon on en trouve ! En cd ou vinyles la sélection est impressionnante dans tous les styles possibles. Du classique, au rock, électro, beaucoup d'imports tout en passant évidemment par la musique Bretonne typique. Je repartirais avec un splendide coffret de musique psychédélique française. Pour info, Yvon Jézéquel n'est pas qu'un marchand de disques, il produit et organise aussi des concerts via sa petite association Mémo concerts la plupart du temps chez Charles, son beau frère, tenancier de l'Espace Vauban. Une histoire de famille Brest !
Déjà trop en retard, je n'aurais malheureusement pas le temps de rencontrer les très fameux organisateurs du Festival Astropolis qui se déroule chaque début de mois d'août entre L'Espace Vauban, Le Port de Commerce, La Carène et le Manoir de Kéroual réunissant plus de 20 000 personnes avec une programmation digne du Rex et du Pulp réunis.

Terrasse de La Carène
Dernière étape de cet intense passage à Brest, le Cinéma Mac Orlan qui abrite aujourd'hui les courts métrages de Delphine Gleize. Je sors du ciné à 18h, je n'aurais malheureusement pas le temps de rester plus longtemps, mon train est dans une demi-heure. Je me mets à courir pour la dernière fois du week-end dans Brest sur le pont de Recouvrance, et je suis ravi de garder cette dernière image gravée.
Les clichés sont vraiment faits pour être contredits. Radio Nova sera de retour sur Brest en musique pour des Nova Battle. Certainement au Mini Bar et notez cette date : le 07 Mars Grande Nuit Zébrée Radio Nova en direct sur le 100.2 depuis La Carène
Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que réel.
PS : Voici le mail reçu de Karine de La Carène à mon retour Lundi à Paris "Ruddy, pour ta prochaine visite, un peu de sérieux, on t'emmène à la plage, pour un pique-nique de crêpes et d'huîtres" Ca laisse rêveur.

Festival Astropolis